Art de vivre

Autour d'une bouteille

Canoë

Vendredi, 14 Septembre 2018, 16:51

Photo Courtoisie

Sophie Allaire

Comme Obélix, Sophie est tombée dans la marmite du vin quand elle était petite. Elle n'a évidemment pas les formes du célèbre Gaulois, mais elle parle de sa passion avec autant d'appétit!

Rencontre avec Sophie Allaire, sommelière du restaurant Joséphine.

Le vin lui vient de loin. Depuis sa tendre enfance, son père et sa mère affectionnent et collectionnent le vin. Elle fréquente avec eux le Bistro à Champlain dont elle se rappelle l'émerveillement lorsqu'elle a vu le fameux « mur d'or liquide », l'impressionnante collection de Château d'Yquem de Champlain Charest. Elle n'a pas encore 18 ans que son père lui suggère un jour de l'aider à travailler dans le monde du vin. Et c'est un peu ce qui arriva lorsqu'elle entre à la SAQ où elle prend plaisir à non seulement conseiller les clients sur leurs choix de vin, mais de les revoir la semaine suivante pour écouter comment s'est passé leur soirée.

Après un BAC en communication/relations publiques à l'UQAM, elle est victime d'un grave accident qui la rendra invalide durant près de 2 ans. « C'est quand tu t'arrêtes, ou plutôt c'est quand la vie t'arrête que tu prends le temps de te poser les vraies questions », dira-t-elle. « J'ai toujours tripé sur la bouffe, le vin, les restos, la gastronomie. On m'a toujours pris pour une excessive. Je me suis rendu compte qu'en travaillant en restauration, je retrouvais justement cette folie et que je pouvais la partager avec des gens aussi passionnés que moi ».

Après avoir complété son cours de sommellerie à l'École hôtelière de Laval avec Don-Jean Léandri, elle voyage plusieurs mois en Europe et visite de nombreux producteurs. De retour au Québec, elle roulera sa bosse dans quelques établissements (Les Caudalies, Accords, Marconi) avant de se faire offrir de monter la carte des vins du tout nouveau restaurant Joséphine. Installé depuis mai dernier dans les anciens locaux du feu Continental, rue St-Denis à l'angle de Duluth, Joséphine se spécialise dans les poissons et les fruits de mer. Ce qui explique notamment pourquoi on y propose chaque jour un verre de bulles différent!

Le vin de notre rencontre

Daniel Chotard, Sancerre rosé 2017

« Pas seulement parce que j'adore le rosé, mais parce que les gens ont tendance à penser le rosé, on boit ça juste à l'apéro en été. J'aime leur apprendre qu'on peut aller plus loin. On peut faire de grands vins en rosé! Comme celui-ci. C'est minéral, délicat, salin, bien sec avec une vive acidité. Une merveille avec les fruits de mer ».

Ton dernier coup de cœur?

Sous la Velle 2015, Henri & Gilles Buisson, Saint-Romain

« C'est une appellation peu connue, mais c'est surtout le domaine où j'ai fait les vendanges pour la première fois. Un vin que je n'avais pas bu depuis. Ça m'a rappelé des souvenirs précieux. C'est justement la magie du vin que de pouvoir faire revivre un moment du passé, un lieu, une musique, une odeur. J'en avais presque les larmes aux yeux ».

Ton dernier accord mets et vin ?

« Notre plat de pieuvre grillée / dukkah / purée d'aubergine à l'encre de seiche / huile d'harissa et le Perfect Goverment 2016 de Sorelle Palazzi, en Toscane. C'est un vin orange élégant qui montre un côté tranchant, mais avec aussi une masse tannique intéressante. La fraîcheur du vin contrebalance le côté épicé alors que le côté tannique permet d'enrober la chair de la pieuvre. La longue persistance du vin ajoute au plaisir des saveurs de la pieuvre en finale ».

Ton coup de gueule ?

« On oublie que le vin, ça reste du jus de raisins fermenté. J'ai l'impression parfois que les gens ont tellement peur de parler au sommelier. Comme si on allait leur pousser le vin dans la gorge! On peut être professionnel, tout en restant ouvert et, surtout, agréable. Il faut se souvenir que le métier de sommelier, c'est de trouver le vin qui plaira à notre client. Il faut laisser de côté notre ego. Écouter les gens. C'est une belle leçon que j'ai apprise de Don-Jean Léandri ».

Si tu avais à faire du vin, ce serait à quel endroit ?

« Est-ce que je peux aller faire le tour du monde des vignobles avant de répondre ?! Parce que chaque vignoble que j'ai visité a quelque chose d'unique. Mais si j'avais à en choisir un, je dirais… Santorini! Même si je n'y suis jamais allée, j'adore les vins blancs tranchants, les vins avec de la personnalité ».

Les vins au Québec tu y crois ?

« J'avais un doute sur les rouges, mais après avoir goûté à la cuvée Les Entêtés du Domaine du Nival je me suis complètement ravisée. C'est la première fois que j'ai eu un « wow » avec un rouge québécois. Il y a aussi le Domaine Bergeville qui travaille super bien. Ils font un rouge effervescent, avec un petit côté sûr absolument délicieux. C'est un peu difficile d'approche au départ, assez singulier, mais c'est justement ce qui fait la beauté de l'affaire ».

Ta grande émotion ?

« Un Château d'Yquem. Je ne me souviens plus du millésime, quelque chose des années 1990. J'avais 18-19 ans. Je commençais tout juste à comprendre le vin. Tout le monde discutait à table. J'ai complètement cessé de suivre. Je n'avais aucun mot pour décrire ce qui se passait. Que des émotions. J'ai presque pleuré. Un moment prenant ».

Pour rencontrer Sophie Joséphine, 4007, rue St-Denis, Montréal (514 840-5015) | www.josephine-restaurant.ca

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