Jean Foillard: la magie du beaujolais

Canoë

Vendredi, 21 Avril 2017, 16:10

Photo Courtoisie

Jean Foillard

Je me souviens encore de la première fois où j'ai goûté du Foillard. Tout ce que j'avais pu penser du beaujolais venait de percuter un immense iceberg. Jamais je n'avais goûté du gamay aussi élégant, gouleyant, affriolant, énergique, racé et minéral. Je savais que certaines cuvées des communes de Moulin-à-Vent, Fleurie et Morgon pouvaient donner des vins au potentiel de développement étonnant, certains rivalisant avec les grands pinots noirs de la Côte de Nuits, mais c'était la première fois que je goûtais du beaujolais aussi « vivant ».

De passage à Montréal la semaine dernière, Agnès Foillard, la femme de Jean, est venue nous présenter les vins du domaine. Leur première vendange remonte à 1981. La majorité du vignoble hérité du père de Jean, est situé sur la célèbre Côte de Py, à côté de Villié-Morgon. Dès le départ, Jean suit les enseignements de Jules Chauvet, vigneron traditionaliste qui remet en question les pratiques « commerciales » répandues dans la région. Avec Marcel Lapierre, Jean-Paul Thévenet et Guy Breton, ils vont fonder une communauté du vin misant sur un retour aux anciennes pratiques de la viticulture et de vinification : mise en valeur du patrimoine de vieilles vignes, agriculture bio, abandon des produits de synthèse et herbicides, récolte tardive, tri rigoureux afin de conserver les meilleurs fruits, doses minimales de soufre, pas de chaptalisation ni de filtration. Chez Foillard, l'ensemble des vinifications s'effectue à basse température, en macération carbonique et en vendange entière. Cela apporte d'ailleurs une certaine signature dans les vins qui expriment de façon remarquable leur climat.

À propos de 2015, sachez que c'est un millésime hors norme. De la richesse et de la densité. Les vins ont beaucoup de couleur. Saturé à un point qu'on dirait parfois de la syrah. La plupart possèdent néanmoins beaucoup de fraîcheur. La masse tannique est nettement plus sentie en bouche, mais les tanins sont lissés par l'opulence du fruité. Agnès Foillard m'a d'ailleurs parlé d'une cuvée confidentielle qui frôlerait les 17 degrés d'alcool! Ça vous change du bojo qui fait habituellement autour de 12-13 degrés. Bref, on est sur des équilibres sudistes qui rappellent les vins dans le sud du Rhône, mais avec du gamay au lieu du grenache ou du mourvèdre. Comme quoi, le monde du vin est toujours fascinant!

Je vous invite d'ailleurs à aller vous en rendre compte par vous-même en prenant part au Rendez-Vous du Beaujolais, le 25 avril prochain. Plus d'une quarantaine de domaines sur place, dont les vins de Foillard.

Beaujolais 2015, Collection RéZin, Jean Foillard

(24,05$ - Code SAQ 12454958)

Sans doute le meilleur millésime de cette cuvée issue de l'association entre Jean-Philippe Lefebvre de l'agence RéZin et Jean Foillard. Nez gourmand de fraise. C'est soyeux, mûr, arrondi, tout en restant de bonne vivacité. Agréable persistance aromatique et hautement digeste. Pour l'anecdote, c'est l'un des premiers producteurs représentés par l'agence RéZin.

***

Morgon Classique 2015, Jean Foillard

(27,55$ - Code SAQ 11964788 - 2014 actuellement disponible, le 2015 arrivera en août 2017)

On passe sur un registre plus racé, plus minéral. Gourmand et d'assez bonne définition. Registre épicé et floral avec une touche végétale qui induit un vin avec plus de droiture. C'est d'ailleurs le cas avec une bouche d'assez bon densité, mais le volume en moins. L'amertume en finale accentue la structure du vin. Un vin qui devrait gagner en souplesse et en plaisir avec 2-3 ans de cave.

***

Morgon Corcelette 2015, Jean Foillard

(38,75$, disponible à la SAQ en août 2017)

Cuvée parcellaire isolée par le vigneron. Plateau de sable d'environ 9 hectares jouxtant le climat Les Charmes et situé entre Chiroubles et Fleurie. Un vin plus sauvage, mais aussi nettement plus accessible. Avalanche de framboises avec une pointe végétale plus marquée, mais avec un fruit mûr superbe. Beaucoup de vivacité. Finale vibrante. J'aime beaucoup. Possiblement le plus nature de la gamme. Une petite bombe à ne pas manquer!

*** ½

Morgon Côte de Py 2015, Jean Foillard

(42,75$ - 2014 disponible en importation privée, 2015 offert à l'hiver 2018)

Plus classique, plus dense, plus droit avec toujours un beau soyeux dans la matière. Des notes fines de fumée. Bonne stature. Devrait évoluer avec panache.

*** ½

Morgon Les Charmes cuvée Éponym 2014, Jean Foillard

(41,45$ - Offert dans le Courrier Vinicole en novembre 2017)

Petite cuvée parcellaire de 1,5 ha. Climat le plus à l'ouest de Morgon. Des sols de schiste et de granit. Le changement de millésime est particulièrement marquant, tant le vin semble retrouver ses aises. Très floral, avec un style qui se rapproche de Corcelette par sa vivacité, mais avec un côté plus velouté. Élégant et long. Une caresse en bouche.

*** ½

Fleurie 2015, Jean Foillard

(51,60$ - 2013 disponible en importation privée, 2015 offert à l'hiver 2018)

Des vignes d'une cinquantaine d'années sur une petite parcelle d'à peine 1 ha. Retour sur un fruit qu'on devine bien mur, avec une épaisseur de fruit qui se confirme en bouche. C'est riche, mais avec toujours une droiture indéniable. Finement épicé avec un fruit expansif qui se livre par couche successive. Superbe.

****

Morgon 3,14 2014, Jean Foillard

(76,45$ - disponible en importation privée à l'hiver 2018)

Cuvée parcellaire produite uniquement dans les grands millésimes. C'est le vin ultime des Foillard. Un vin pensé pour la garde qui se livre habituellement après quelques années de cave. Le 2014 est séveux et profond avec une matière concentrée, pour l'instant tendue, avec l'impression que le vin est encore recroquevillé. S'ouvre et se complexifie à l'aération. Longue finale minérale expansive. Superbe!

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