Voici la photo de l'année au World Press Photo 2018

AFP 

Jeudi, 12 Avril 2018, 18:58

AFP

AMSTERDAM | Le photographe de l'AFP Ronaldo Schemidt a remporté jeudi le prix de la photo de l'année au World Press Photo 2018 pour une image spectaculaire prise pendant des émeutes à Caracas et qui, pour les jurés, symbolise un pays « qui brûle ».

L'image qui a reçu cette récompense, la plus élevée des prestigieux prix World Press Photo, a été prise l'an dernier pendant les affrontements entre les forces de sécurité et des opposants au président vénézuélien Nicolas Maduro. Les jurés ont expliqué l'avoir choisie parce qu'elle « déclenche une émotion instantanée ».

Basé au Mexique, Ronaldo Schemidt avait été envoyé au Venezuela, pays dont il est originaire, pour couvrir les troubles au printemps 2017. Le 3 mai, il a vu des protestataires s'en prendre à une moto de la Garde nationale dont le réservoir a soudainement explosé au visage de José Victor Salazar Balza, un manifestant de 28 ans.

« J'ai senti le feu dans mon dos et j'ai réagi par réflexe: je me suis mis à prendre des photos sans savoir ce que je photographiais. Ce n'est qu'au bout de quelques secondes que je me suis aperçu qu'il y avait quelqu'un qui brûlait », a raconté à l'AFP Ronaldo Schemidt.

La photo primée montre le manifestant, qui porte un masque à gaz, en train de courir, le corps enveloppé par les flammes. Le jeune homme a subi de graves brûlures, mais il a survécu.

« Sur le moment, je n'ai pas pensé que j'allais gagner un prix avec ça », a poursuivi le photographe. « J'étais vraiment choqué par ce que je voyais. Je n'avais jamais assisté à quelque chose d'aussi violent ».

« C'est un reflet de ce qui se passait alors au Venezuela. Et maintenant c'est encore pire », a-t-il ajouté.

Le prix a été remis jeudi lors d'une cérémonie à Amsterdam.

« La photo de l'année doit raconter un événement », a déclaré la présidente du jury, la directrice de la photographie du magazine Geo France Magdalena Herrera. « Elle doit aussi soulever des questions... Elle doit nous parler et montrer un point de vue sur ce qui s'est passé dans le monde cette année ».

« C'est une photo classique, mais elle a une énergie et une dynamique instantanées », a ajouté Mme Herrera. Selon elle, il y a dans l'image de Ronaldo Schemidt « des couleurs, du mouvement et elle est très bien composée. Elle a de la force. »

« Émotions contradictoires »

Le prix est une récompense aigre-douce pour le photographe vénézuélien de 46 ans qui a quitté son pays il y a dix-huit ans, et dont la famille subit elle aussi les pénuries, l'hyperinflation et les privations provoquées par la crise au Venezuela, liée à la chute des cours du pétrole. Les violences, entre avril et juillet 2017, avaient fait 125 morts.

« Je ressens des émotions contradictoires », a-t-il dit. « Je sais comme tout le monde ce que le Venezuela est en train de traverser ».

La photo de Ronaldo Schemidt a aussi obtenu le premier prix dans la catégorie « Spot News » du World Press Photo, dont le jury a examiné cette année quelque 73 000 images envoyées par 4548 photographes dans 125 pays.

« C'est assez symbolique », a expliqué une des sept jurés, Whitney C. Johnson, directrice adjointe de la photo au National Geographic. « L'homme a un masque sur le visage. C'est comme s'il ne se représentait pas seulement lui-même, ou lui-même en feu, mais aussi l'idée d'un Venezuela qui brûle ».

Un autre membre du jury, le photographe de l'AFP en Turquie Bülent Kiliç, a souligné un détail dans la photo: un pistolet dessiné sur le mur, qui crache le mot « paz » (paix). « Cela aussi rend cette image forte », a-t-il estimé.

Deux autres photographes travaillant pour l'AFP, Oliver Scarff et Juan Barreto, ont été récompensés jeudi par le World Press Photo.

Oliver Scarff, photographe indépendant basé à Londres, a reçu le premier prix dans la catégorie Sport pour une image en noir et blanc prise pendant un match de football à Ashbourne, en Angleterre. Quant à Juan Barreto, basé à Caracas, il s'est vu remettre le troisième prix dans la catégorie « Spot News » pour des images prises également pendant les troubles au Venezuela.

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