Avec « Climax », Gaspar Noé bouscule Cannes une nouvelle fois

AFP 

Dimanche, 13 Mai 2018, 12:10

IPA/WENN.com

CANNES | Une fête, des filles, de la sangria, un couteau... Dans la veine du sulfureux « Irréversible » qui avait choqué la Croisette en 2002, Gaspar Noé a de nouveau entraîné le Festival de Cannes au bord du malaise avec « Climax », « une histoire poisseuse et obsédante ».

Attendu en salles le 19 septembre, ce sixième long métrage du réalisateur argentin installé en France renouvelle l'exercice transgressif et subversif qui définit son oeuvre, avec cette fois l'histoire vraie d'une fête privée qui dégénère en chaos absolu.

Sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs, il propose une expérience sensorielle avec des jeux de caméra acrobatiques, à la limite du tournis. Lumières blafardes façon « Shining » de Stanley Kubrick et musique assourdissante et ininterrompue, digne des meilleurs «dancefloors», contribuent à l'ivresse qu'engendre le film à l'esthétique audacieuse, dont le montage n'a été bouclé que 48 heures avant la projection.

Les personnages du film, un groupe de danseurs professionnels réunis pour un spectacle, se retrouvent en transe au cours d'une nuit d'excès, jusqu'à basculer dans l'hystérie collective.

« Je sors beaucoup. Quand il y a une manif avec des gaz lacrymogènes, je me mets au milieu au lieu de partir. J'aime être au coeur des dérapages, au premier rang. Si on reste à distance des choses, on ne se rend compte de rien », confie à l'AFP le réalisateur.

« Je n'ai pas inventé le genre provocateur. Il y a plein de films controversés dans l'histoire du cinéma. Dès qu'on est hors normes, on est controversés... Mes cinéastes préférés, comme Fassbinder, Pasolini ou Bunuel, l'ont été à chacun de leur film », ajoute-t-il.

« Est-ce que j'ai envie de faire des comédies françaises, des braquages de banques ? Non! », assène Gaspar Noé.

« Climax » a été tourné sans véritable scénario ni dialogues, laissant les comédiens improviser sur ce thème: une fête qui bascule dans le n'importe quoi.

Le chaos s'y installe à grands renforts de stupéfiants : « Je ne dénonce rien. Les gens font ce qu'il veulent. Il y a beaucoup de choses que l'alcool ou les drogues détruisent. (...) Comme tout, il faut doser. »

En 2002, Gaspar Noé avait fait sensation avec « Irréversible », un film démarrant par la fin et racontant une vengeance après un viol insoutenable montré plein écran pendant dix minutes. Lors de la projection à Cannes, une vingtaine de spectatrices avaient été victimes de malaises et de crises de nerfs.

Son film « Love » avait aussi fait scandale en 2015 avec des scènes de sexes crues.

« Être à Cannes est une récompense en soi, pour les faire connaître au monde entier. Les trophées ne m'intéressent pas », assure Gaspar Noé. « Les trois quarts des films primés à Cannes, je ne les aime pas! ».

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