Divertissement

Qui sont les vrais Québécois?

Agence QMI

Monday, September 11, 2017, 12:26 PM

Musant sur internet, je suis tombé sur ce texte qui m'a immédiatement interpellé puisque je n'arrête pas de répondre à cette question depuis longtemps. Certaines de mes 361 chroniques ont accordé quelques mots à cette réponse que nombre de personnes connaissent mais dont presque aucune n'a le courage de parler. Quant à moi, ça n'est pas du courage qu'il me faut pour afficher une réponse claire et précise à la question de savoir qui sont les «vrais» Québécois, c'est de l'exaspération! Je n'arrive pas à comprendre comment il se fait que cette question-là soit encore posée sur la place publique et que personne n'y ait répondu aussi clairement que de cette façon: Est Québécois ou Québécoise toute personne ayant la citoyenneté canadienne et sa résidence permanente au Québec.

Voici ce texte paru chez LE DEVOIR. Lisez-le et nous tenterons de mieux comprendre la question posée par son auteur, Fabrice Vil, par la suite.

Il ne peut juridiquement y avoir de «plus» ou de «moins» québécois. Au sens de la loi, il n'y a que des Québécois, comme il n'y a que des Canadiens, des Français, des Britanniques, des Hollandais, etc. Mais - et c'est là que se situe le nœud de ce problème qui irrite les communautés immigrantes plus ou moins récentes tout autant que la communauté canadienne-française québécoise de souche, maintenant nommée «francophone», et empêche l'harmonie dans le «vivre-ensemble», en confondant «Canadien français» et Québécois - tous les citoyens canadiens résidents permanents du Québec sont Québécois, mais tous les Québécois ne sont pas canadiens-français et tous les Canadiens français ne sont pas québécois.

Ce n'est pas parce que les Canadiens français, descendants directs des Canadiens, ou Canaïens, fondateurs de la Nouvelle-France, ont des racines américaines séculaires, une histoire, une langue dialectale, des coutumes, ce n'est pas parce qu'ils adorent être ensemble, sont fêtards, ronchonneurs, grandes gueules, généreux, empathiques, chauvins, rancuniers, et fiers de l'être, que ça leur donne une longueur d'avance sur les autres Québécois.

Le problème, c'est qu'ils le pensent et qu'ils le croient depuis des générations! Au XVIIe siècle, les fils et filles nés en Nouvelle-France de parents arrivés de France se croyaient déjà plus canadiens et canadiennes que les colons français qui arrivaient encore, et c'est normal! Ils étaient natifs, comme le sont maintenant et le seront demain les enfants nés au Québec de parents immigrants. Ce sont eux qu'il faudrait convaincre d'adhérer, en tout ou en partie, à l'identité culturelle québécoise, afin qu'ils deviennent eux aussi des gars et des filles de la «place» et pas que des occupants étrangers.

Mais de quelle identité québécoise s'agit-il? Existe-t-il une identité culturelle québécoise? Existe-t-il une «nation québécoise», comme s'évertuent à nous le faire croire aussi bien les fédéralistes que les séparatistes? Une brève recherche nous amène rapidement à découvrir que non! Le Québec, comme le Canada, est en passe de devenir une mosaïque culturelle où l'identité nationale commune est un numéro de carte d'assurance maladie au provincial et un numéro d'assurance sociale au fédéral, ce qui ne correspond aucunement à la définition correcte de ce qu'est une «nation».

Et pourtant, avant la montée au pouvoir du Parti québécois en novembre 1976, le problème ne se posait pas. Nous n'étions pas que francophones! Nous étions tous et toutes Canadiens français et Canadiennes françaises comme nos parents, nos grands-parents et nos arrière-grands-parents, et nous pouvions remonter comme ça jusqu'au temps où nous étions Canadiens et Canadiennes, comme se plaisait à nous nommer le Roi-Soleil lui-même, Louis XIV.

Nous étions une nation! Nous étions un peuple! Nous avions une véritable identité culturelle jusqu'à ce que l'élite péquiste, aveuglée par l'exercice du pouvoir acquis en 1976 et pressée d'en finir avec le Canada, jette le bébé avec l'eau du bain et n'ait de cesse de nous convaincre de ne plus être des Canadiens français pour devenir des Québécois, processus insensé devant hypothétiquement éradiquer toute connotation avec le Canada, promouvoir l'indépendance du Québec et faciliter l'intégration des nouveaux arrivants à la culture locale. Mais quelle culture locale?

Cette manœuvre inconséquente a plutôt créé une confusion sociopolitique et culturelle produisant un effet pernicieux chez les «de souche» comme chez les communautés ethniques, en introduisant le syndrome du «plus québécois que toi», alors que le respect et le maintien de l'appellation «Canadien français» auraient évité tout ce tracas en faisant de nous une ethnie égale aux autres, non pas en nombre mais en valeur, dans le concert des peuples composant la variété démographique québécoise. Nous serions demeurés des Canadiens français québécois. Il y a bien des Italo-Québécois, des Sino-Québécois, des Latino-Québécois, etc. Les Canadiens français seraient-ils ethnographiquement devenus des Québécois québécois? Doublement québécois?

Par exemple, avant 1976, on disait fièrement: «un vrai Canaïen», en parlant d'une personne qui, issue de l'immigration, avait une attitude et un comportement typiques des Canadiens français de la province de Québec. On dit maintenant: «un vrai Québécois», alors que le fait d'être «Québécois» n'est plus associé à des caractéristiques ethniques particulières et représente une mosaïque de cultures différentes. C'est là que le bât blesse! C'est là que les Québécois issus de l'immigration, et non de la colonisation, se sentent citoyens de deuxième ordre!

C'est là que les Canadiens français se sentent volés, sentent que l'on a usurpé leur identité, se sentent trahis dans leur fierté d'être «maître chez soi», comme l'avaient promis les libéraux de Jean Lesage, alors qu'il n'en est rien. Le drame est qu'ils deviennent des francophones acculturés, ne sont plus Canadiens français, pas plus Québécois que les autres, et sont malheureusement en passe de devenir apatrides puisque le Canada ne sera pas leur patrie. Ils ont été bernés! Amenés à renier leur passé, oublier leur histoire, jeter ce qu'ils sont aux oubliettes. Les Canadiens français n'existent plus. Il n'y a plus que des francophones au Canada.

Pour survivre comme nation et préserver leur langue et l'esprit de leur langue, les Canadiens français québécois, comme ceux des provinces canadiennes, doivent exiger que leur identité canadienne-française spécifique soit reconnue comme celle de l'un des deux peuples fondateurs, pour la partager avec tous les autres Québécois ou Canadiens d'origines diverses sans notion de «plus québécois» ou de «moins canadiens», car nous sommes tous égaux devant la loi dans une société de droit.

Au Québec, considérant que toutes les cultures se valent, comment pouvons-nous inviter des immigrants, des immigrantes, leurs filles natives, leurs fils natifs, à se rapprocher culturellement de l'ethnie fondatrice, à devenir associés politiquement aux Canadiens français, quand ceux-ci n'existent plus, même officieusement, sont encore divisés et ne représentent pas le juste poids politique proportionnel à leur nombre important?

Avant de vouloir se séparer politiquement du Canada, commençons donc par resserrer les liens de la nation canadienne-française, la seule véritable nation du Québec à l'égal des nations autochtones, commençons donc par nous retrouver ensemble, d'une seule voix, d'un seul cœur, d'une même fierté d'être Canadiens français québécois, pour enfin détenir un vote prépondérant au Québec comme au Canada, changer le cours de notre existence, de celle de nos enfants ainsi que de celle de nos frères et sœurs des autres provinces canadiennes laissés à eux-mêmes depuis longtemps, et qui vivent pourtant la même déception de n'être plus que des francophones aux yeux du monde.

Bonne semaine.

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