Divertissement

Jacques Crabouif Higelin n'est plus

Agence QMI

Jeudi, 12 Avril 2018, 08:56

AFP

Fin août 1973 je prenais un avion Mtl/Paris aller-retour avec Pops Lulu, le regretté Lucien Ménard premier des gérants d'Offenbach, dans le but d'aller constater de visu la véracité des dires du cinéaste, feu Claude Faraldo, quant à ce qui pourrait nous attendre en France advenant que nous acceptions de nous y rendre pour travailler avec lui à la réalisation d'un film devant alors s'intituler : « Viens chez moi et tu seras prophète » et qui a fini par se titrer « TABARNACK ». C'est durant ce court voyage plein de péripéties que j'ai fais la connaissance de feu Jacques Higelin, alors surnommé Crabouif, lors d'une sortie en Harley Davidson Electra Glide suivie d'une mémorable panne en pleine heure de pointe autour de l'Arc de Triomphe, Place de l'Étoile, à Paris.

Mais d'abord voyons Radio-Canada et son journaliste Louis-Philippe Ouimet au sujet du décès récent de Jacques Higelin.

Allons maintenant comme à l'accoutumée faire un tour du coté de Wikipédia pour en connaitre un peu plus sur la vie et la carrière de ce « géant », de la chanson française méconnu au Québec.

Alors voilà : Lulu et moi venions à peine d'arriver à l'hôtel particulier de Mme Evelyne Vidal à Garges-les-Gonesses, commune de la banlieue nord de Paris située dans l'arrondissement de Sarcelles au sud-est du département du Val-d'Oise dans l'agglomération parisienne et la région Île-de-France, que Claude Faraldo, l'amant en titre de Mme Vidal, m'amenait voir une Harley Davidson Electra Glide qu'il avait dans un garage attenant à l'hôtel en m'annonçant qu'elle était à moi et que je pourrais la ramener au Québec si je le voulais. Ce disant, il me tendait les clés de la rutilante machine que voici :

Ce magnifique modèle 1965, ayant équipé presque tous les corps de polices des USA et du Canada, était une imposante machine, lourde, peu maniable, et malgré ça j'acceptai d'emblée la proposition que Claude me fit d'aller l'essayer en m'assurant qu'elle sortait de chez son mécanicien qui l'avait soigneusement inspectée, et qu'il m'en garantissait la fiabilité.

Toujours est-il que j'enfourchai la divine machine et pris la route de n'importe où car je ne connaissais absolument pas la géographie urbaine de Paris et de ses banlieues. L'Electra Glide est une Cadillac ! Je roulai confortablement de-ci, de-là, enivré par le puissant et sourd grondement du monstre dompté, admirant les paysages bucoliques des environs de Paris où s'était autrefois installée la petite tribu des Parisii, de la Nation des Frank d'origines germaniques ayant colonisé ce coin d'Europe qu'est devenu la France.

Sans trop m'en rendre compte j'entrai dans Paris pour finalement aboutir aux Champs-Élysées où je n'eus d'autres choix que de suivre le trafic intense tournant autour de l'Arc-de-Triomphe. Il était environ 16 heures trente, il faisait très chaud sous un soleil de plomb et nous avancions à peine. J'étais captif d'un bouchon circulaire à quatre voies et ce qui devait arriver arriva ! La Harley s'arrêta subitement d'une surchauffe du moteur et je dû user de toute ma force pour la tenir en équilibre et tenter de la pousser pour sortir de ce fleuve de bagnoles hétéroclites sous les invectives d'automobilistes claxonnant rageusement à mon passage transversal au travers de cette cohue mécanique d'où fusaient les imprécations parisiennes d'usages.

J'étais exténué ! Je n'en pouvais plus et lorsque, enfin, je réussi à sortir de cet enfer en poussant le lourd cadavre de la Harley, je me laissai choir sur l'herbe à l'ombre de grands arbres pour reprendre des forces. Ne sachant pas comment me sortir de ce pétrin, je décidai d'abandonner l'Electra Glide pour héler un taxi afin de retourner à Garges-les-Gonesses et en revenir le plus rapidement possible chercher la Harley avec une dépanneuse, ce qui fut fait sans que j'eusse à m'en occuper car Claude, mal à l'aise, parti rapidement vers Paris à l'emplacement des Champs-Élysées où je l'avais laissé.

J'étais entré au salon où quelques personnes, dont Carole Laure et Gilles Carle, jouaient aux échecs. Un grand gaillard s'avança alors vers moi en me tendant une bouteille de bière froide perlée de gouttelettes de condensation que je pris avec un plaisir non dissimulé et que je vidai goulûment d'une seule gorgée pendant qu'il me regardait avec un sourire admiratif. Évelyne se leva de la table d'échec et s'avança vers nous pour faire les présentations : « Jacques Higelin, Pierre Harel d'Offenbach ».

Quelques minutes plus tard, nous étions installés au piano et nous jouions quelques-unes de nos chansons, chacun notre tour, dans un tourbillon de notes et de poésies. Voici l'une des siennes : « GRAIN DE POUSSIÈRE » :

En voici une autre : « LA CRISE » :

L'après-midi s'est poursuivi très tard dans la soirée et au cours des quelques jours qui ont suivi jusqu'à ce que Lulu et moi reprenions l'avion vers Montréal afin de rendre compte de notre exploratoire à nos Offenbach, et de l'opportunité de tous repartir vers Paris le plus rapidement possible.

J'ai revu Jacques Higelin aux studios Saravah en janvier 1975 alors qu'ayant quitté le groupe Offenbach en 1974, au moment du lancement de mon film « Bulldozer » à Montréal, mon ami, feu Serge Reggiani, m'avait proposé de revenir à Paris pour y interpréter chez Saravah des chansons qu'il préférait que je chante. Higelin y était pour ses chansons à lui et nous avions alors eu le beau projet de spectacles conjoints au Québec. Comme chacun finit par le savoir, il y a souvent bien loin de la coupe aux lèvres...

Bonne semaine.

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