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Journal de Montreal

Karkwa déverse son fiel sur l'ADISQ

Raphaël Gendron-Martin

Vendredi, 04 Novembre 2011, 08:07

PARIS - Les membres de Karkwa n'ont vraiment pas l'habitude de se fâcher publiquement. Rencontrés à Paris, les musiciens ne se sont toutefois pas gênés pour exprimer leur ras-le-bol sur les agissements de l'ADISQ et de son gala.

Dans leur loge au Divan du monde, quelques minutes avant leur spectacle, Louis-Jean Cormier, François Lafontaine et Stéphane Bergeron étaient contents de parler de leur plus récente tournée européenne et du fait que leur album Les chemins de verre était finalement disponible sur le Vieux continent.

Mais alors que l'entrevue tirait à sa fin, une simple question a mis le feu aux poudres des trois musiciens: «Et puis, comment avez-vous vécu le dernier Gala de l'ADISQ?» Karkwa s'est incliné notamment dans les catégories Groupe de l'année et Spectacle de l'année Auteur-compositeur- interprète.

«J'ai vécu ça mal, a répondu spontanément Louis-Jean. Ça n'a pas de rapport, ou peut-être un peu, avec le fait que les Cowboys Fringants ont gagné. La chose que j'ai dite à ma blonde en me couchant ce soir-là, c'est "grosse perte de temps". En fait, on a joué au gala et c'était bon. Mais on est présentement en tournée à l'autre bout du monde, on revient pour ça et on se rend compte que l'ADISQ régresse dans sa proposition à chaque année. On a des connaissances dans le C.A. de l'ADISQ qui nous ont dit qu'il y avait deux clans: ceux qui font de la musique pour les bonnes raisons, pour l'art. Et les autres, des gérants d'artistes et producteurs, qui ne pensent qu'à l'argent.»

Décisions discutables

Les musiciens déplorent le fait que certaines catégories votées habituellement par l'Académie aient maintenant un volet populaire. «Il n'y a aucune compétition contre une fille comme Marie-Mai qui fait le Centre Bell quand tu sais qu'il y a 35% des votes (de la catégorie Meilleur spectacle) qui sont attribués aux ventes de billets, remarque le chanteur. Le gars a beau faire le meilleur show, s'il n'y a que 90 personnes qui l'ont vu, il n'a aucune chance. Mais qu'est-ce qui se passe avec ça?»

François Lafontaine, de son côté, n'en revient pas qu'un artiste comme Philippe B n'ait eu qu'une nomination... pour pochette de l'année. «Il a pourtant fait un disque magnifique.» Il ne comprend pas non plus pourquoi Jérôme Minière s'est retrouvé en nomination contre Ginette Reno, dans la catégorie Album pop.

«Je n'ai rien contre les Cowboys Fringants ou Mes Aïeux, mais ils n'avaient pas d'affaire là non plus (catégorie Groupe de l'année), souligne, quant à lui, Stéphane Bergeron. Ils étaient tous les deux en sabbatique».

Bon accueil

«En général, il y a un manque de curiosité flagrante au Québec, poursuit François. L'autre jour, j'ai vu des annonces de la radio NRJ au cinéma et c'était Sean Paul et Lady Gaga que l'on voyait. Où sont les Québécois là-dedans? Ils disent qu'ils aiment la musique francophone québécoise, mais c'est de la crisse de marde!»

Sur une note plus joyeuse, Karkwa a amorcé une nouvelle tournée européenne, à la mi-octobre. Le groupe s'est produit notamment au Iceland Airwaves, un populaire festival de musique, en Islande. «On a donné deux concerts et il y avait environ 200 personnes, dit Louis-Jean. Je me suis fait arrêter sur la rue par un Islandais qui m'a dit qu'il nous suivait depuis Les tremblements s'immobilisent

En France, l'album Les chemins de verre a été très bien reçu, « mais on n'est pas des stars pour autant, précise Stéphane. Il y a des places où c'était difficile de faire le vrai show de Karkwa».

Tournée des grandes villes

Ainsi, le récent spectacle à Besançon, petite ville française, a été un échec pour le groupe. «On a joué dans une espèce de caveau qui sentait les champignons. J'ai fait une allergie pendant le show, raconte Louis-Jean. Il y avait 12 personnes. C'était dans le top 2 des pires shows de Karkwa, après celui de Pointe-Gatineau il y a plusieurs années.»

Les musiciens se sont rendus compte qu'il était préférable de faire plusieurs spectacles dans des g randes villes (Paris, Lyon, Bruxelles) plutôt que de partir dans une longue tour née de petits villages. «C'est comme si on demandait à Yann Tiersen d'aller jouer à Chibougamau», dit Louis-Jean.

Alors, Karkwa peut-il vraiment connaître du succès en France? «Ce que je retiens le plus des entrevues que l'on fait avec les médias français, c'est que tout le monde nous dit que si nous continuons dans ce sens-là (chanter en français), on va avoir une place hallucinante en France. Parce qu'il n'y a personne», conclut Louis-Jean.

Soirée Montréal à Paris

PARIS - Karkwa a fait un pas de plus dans sa séduction européenne, hier soir, au Divan du monde, situé dans le quartier Montmartre, à Paris. Le groupe était sur l'affiche toute montréalaise de cette soirée organisée par M pour Montréal, dans le cadre du Festival Les Inrocks Black XS.

Après les prestations de Jimmy Hunt et Ensemble, et avant Braids, Louis-Jean Cormier et ses comparses se sont amenés sur scène. «Bonsoir, nous sommes Karkwa et nous venons de Montréal, comme tous les groupes ce soir! a dit Louis-Jean. Ça fait chaud au coeur de jouer à Paris et de reconnaître des visages. On chante en français, contrairement à certains groupes français. Donc ne vous surprenez pas de comprendre quelque chose!»

Toujours aussi à l'aise ensemble, les cinq musiciens ont livré une courte, mais très sentie prestation de trente minutes à un public d'environ 150 personnes.

Qu'ils se produisent à Montréal, New York (où nous les avions vus le printemps dernier) ou Paris, les membres de Karkwa sont toujours aussi solides sur scène. On prédit que ce n'est qu'une question de temps avant que l'Europe succombe véritablement au groupe québécois. Ce serait pleinement mérité.

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