Divertissement

7e édition du Pouzza Fest: camp de vacances pour punks sympathiques Noces de bois pour le Pouzza Fest

André Péloquin

Lundi, 15 Mai 2017, 14:00

Susan Moss

Matt Collyer, chanteur des Planet Smashers et grand argentier du Pouzza Fest.

Même si l'adage veut que le sept soit un chiffre chanceux, rien n'est jamais gagné d'avance pour le Pouzza, le festival punk qui célébrera ses noces de laine dans quelques jours à peine.

«Il y a un chèque sur mon bureau et je ne sais pas pourquoi!», lance Matt Collyer - chanteur du groupe ska culte The Planet Smashers et grand argentier de l'événement - à ses collègues de bureau. «En fait, je sais que c'est pour une inscription à notre tournoi de baseball, mais je ne sais pas c'est pour quelle équipe!»

Au même moment, son collègue Mike lui apprend qu'il y a des risques d'averses pendant le weekend du Pouzza, qui tiendra un concert extérieur gratuit pour les mélomanes. L'événement ne dépend d'aucune subvention, seulement de la vente de bière et de nourriture.

De l'importance du plaisir... et des cheveux

Bien qu'il se destinait tout d'abord à une carrière d'ingénieur (d'où la chanson «Trouble In Engineering»), Matt Collyer a finalement opté pour la musique à temps plein après le succès fulgurant de Life Of The Party (1999). «Ça a changé... des choses», lance-t-il, songeur.

«On est passé de «groupe qui s'en tirait pas mal» à un groupe qui allait «très bien»... surtout pour un projet indépendant.» Et Collyer d'ajouter, tout sourire: «La seule constante qui demeurait, par contre, est que, malgré les apparences, on n'avait toujours pas de plan!»

En parlant d'échéanciers, Collyer en profite pour annocner que The Planet Smashers prévoient lancer un album au printemps 2018. À noter dans vos calendriers!

Même si le ska n'est plus le genre à la mode, Collyer ne regrette rien. «Si j'avais terminé mes études, je serais probablement un ingénieur qui serait chauve à force de manipuler des produits chimiques. À la place, mon «job» est jouer de la musique, voir d'autres groupes en jouer, me faire des amis et boire de la bière!»

Pas pire plan de carrière, quand même.

Du ska punk... à la Pat Patrouille

Son combo ne participe pas au Pouzza cette année, mais Collyer compte tout de même parmi les artistes du volet Pouzza Bambino, un événement pour les enfants et leurs parents (punk ou pas).

«Je collaborerai avec Alex Giguère du groupe The Beatdown pour reprendre des chansons pour enfants en français comme le thème de la Pat Patrouille», glisse-t-il au passage. «Je trouve Caillou un peu plaignard, mais je crois qu'on va jouer sa chanson quand même!»

Son groupe ayant profité d'un certain succès avec The Hippopotamus, une chanson pour enfants endisquée pour l'album Descent Into The Valley Of The Planet Smashers (2011), Collyer désire pousser son amour des tounes pour «morveux» plus loin.

«Plusieurs personnes m'en parlent, en fait», s'exclame-t-il quand on aborde les possibilités d'une oeuvre solo pour jeunes.

«Je crois que je vais le faire, mais je veux tout d'abord m'assurer que j'ai le bon matériel. Dernièrement, Mike Park de l'étiquette [punk] Asian Man Records en a fait un et il est excellent. Mes enfants l'adorent. Je vais me lancer dès que j'aurai du stock aussi satisfaisant!»

Camp de jour punk

Alors que le Warped Tour évite maintenant Montréal et que Heavy MTL s'accorde une pause cet été, le Pouzza persiste, signe et prend du gallon.

Quand on l'invite à expliquer ce succès, Collyer évoque la chance. Quand on le gosse pour qu'il livre une véritable réponse, le bonhomme se mouille avec aplomb:

«Lorsque le Warped Tour a tout d'abord été lancé, c'était très axé autour de la communauté punk. Les «petits» groupes se faisaient «payer» en bières et en bouteilles d'eau, genre. Les «gros» groupes, eux, se faisaient «payer»... en bières et en bouteilles d'eau.»

«Je crois que cette image va aussi bien au Pouzza», ajoute-t-il. «On veut que chaque artiste ait la chance d'en rencontrer d'autres, autant des groupes de la relève que des têtes d'affiche. C'est un mot horrible, mais bon: ça donne la chance de «réseauter».»

Cet esprit de communauté vise aussi les mélomanes selon le principal intéressé. «Pour les fans, c'est comme un camp de jour: la bière, l'eau ainsi que la majorité de la bouffe sont abordables et les artistes, eux, sont beaucoup plus accessibles que dans d'autres festivals. Au Pouzza, nos artistes ne sont pas backstage. Ils sont sur scène ou dans la foule... profitez-en pour leur acheter une bière, d'ailleurs!»

40 ans et toutes ses dents

2017 marque, pour plusieurs historiens, mélomanes, médias et organisateurs d'événements, le 40e anniversaire de l'éclosion de la culture punk.

Même si plusieurs groupes phares sont aujourd'hui disparus ou en tournée estivale, Collyer croit que l'essence du mouvement demeure inchangée. «[Être punk en 2017], c'est l'attitude «fais-le toi-même» sans avoir «mauvais caractère«». Être punk, ce n'est pas être élitiste ou un trou d'cul, mais bien être ouvert, collaboratif au sein de sa communauté tout en ne se prenant pas trop au sérieux.»

Philosophie sage pour le parolier à qui l'on doit des succès sans prétention commePee In The Elevator et Super Orgy Porno Party.

Le parcours Pouzza de Matt Collyer

Figure de proue du punk québécois, Hugo Mudie s'est tout d'abord distingué au sein du collectif désormais culte The Sainte Catherines avant de percer dans le folk, voire le country, avec le projet tout aussi culte Yesterday's Ring. En plus de participer aux - prochainement cultes? - groupes Miracles et Powernap, le musicien, père de famille et fanatique de hockey tient la barre du Pouzza Fest, un festival punk qui sévira pour une cinquième édition dans le centre-ville de Montréal dès ce soir.

Entretien avec le gaillard parsemé de vidéoclips de groupes participant à la foire.

Pour briser la glace: Canadien éliminé mardi. Tes impressions?

Je suis déçu c'est certain, mais c'était vraiment une belle saison. Je vois le sport comme la musique. C'est [fait] pour faire vivre des émotions aux gens, pour passer à travers les petits problèmes de la vie, la rendre plus l'fun, s'attacher à quelque chose, avoir de quoi à jaser avec les chauffeurs de taxi [ainsi que] ses mononcles et rêver un peu. Chaque année, on va finir par gagner quelque chose.

Déjà cinq ans pour le Pouzza. Comme les constats viennent souvent avec les «chiffres ronds», quel bilan tires-tu de l'événement à ce jour?

Ça a passé vite. On se rend compte que c'est un festival nécessaire, que les gens ont besoin d'une vraie alternative aux Francofolies, au Festival international de Jazz de Montréal, et aux Osheaga de ce monde [pour] que les [mélomanes] de partout dans le monde adorent visiter Montréal et faire des découvertes [...]. Les punks sont souvent les plus beaux et parfois les plus ingrats des fans de musique.

La situation du punk rock et autres musiques du genre semble particulière au Québec ces temps-ci. D'un côté, le Warped Tour ne se présente plus au Québec, jugeant qu'il y a un manque d'intérêt. De l'autre, on a maintenant au moins trois festivals - le Pouzza, Heavy Montréal et Rockfest de Montebello - faisant dans le punk rock, le heavy métal, etc. Perçois-tu un affaiblissement de ce côté ou le problème est dans l'offre du Warped Tour?

Je pense que le Warped Tour a laissé de côté ses premiers fans pour essayer de plaire aux jeunes. C'est une tentative de business très valable, mais ça a plus ou moins marché ici.

C'est sûr qu'avec le Rockfest, le Pouzza et les autres, ça [ne laisse] plus beaucoup de place pour d'autres. Les bons «bands» viennent tous jouer dans nos festivals chaque année et c'est tant mieux. Plus il y a de musique, mieux c'est, je pense!

Moi j'accepte la « compétition», ça force les gens à [en] offrir plus. Les groupes [en sortent] gagnants et les festivaliers aussi. Ne me parlez pas d'ouvrir un autre Wal-Mart ou un autre magasin de vapoteuses, mais un festival de musique, c'est juste du positif, que ce soit d'une grosse corporation ou de petits joueurs comme nous.

Selon ton expérience, est-ce que Montréal est toujours un «endroit spécial» pour le punk rock? Joey Cape, par exemple, va jusqu'à composer une pièce sur la ville et collaborer avec toi. Mais comme il y a, évidemment, d'autres chansons punk sur d'autres villes, est-ce que la réputation du 514 serait surfaite? Est-ce que Montréal serait qu'un arrêt parmi tant d'autres pour un artiste en tournée?

Je crois que [c'est toujours un endroit spécial], tout spécialement pour [la] scène des années» 90 [à la Fat Wreck Chords et Epitaph]. Ils sont énormes ici et ils profitent d'une vague de nostalgie très forte et réussissent même à avoir de nouveaux fans. C'est vraiment cool pour eux.

Le Pouzza semble maintenant se «spécialiser» dans la découverte, mais opte également pour des valeurs sûres (comme The Dwarves, par exemple) ainsi que des spectacles familiaux (le volet Pouzza Bambino) et des événements qu'on ne s'attendrait pas à voir dans un festival punk comme un spectacle d'humour et des séances de yoga! C'est quoi, justement, la petite histoire derrière l'inclusion de ces activités inattendues?

On veut juste trouver une façon de donner une vibe positive et cool au festival et au punk en général.

Hélène [McKoy, partenaire de Hugo dans le Pouzza Fest] et moi sommes très positifs comme individus et on veut que le préjugé négatif «no future» du punk soit existant, mais [ne] soit pas obligatoire [dans] notre vision du punk.

J'ai des enfants, Hélène aussi et on adore les enfants, et on veut qu'il y ait une place cool pour eux aussi. Pas besoin de traiter les enfants comme des clowns. Ils sont capables d'aimer de la bonne musique eux aussi!

Pour ce qui est du yoga, on a eu une proposition du bassiste de Teenage Bottlerocket qui est prof de yoga dans la vie et on en a fait une partie de l'évènement.

Je trouve ça drôle les contrastes et celui-ci est super: plein de punks en jeans noirs [qui seront] lendemain de brosse [et] qui essaieront de faire un salut au soleil. Débile!

Dernière question: je lisais un article récemment sur Jeff Rosenstock. Celui-ci expliquait comment il tentait de demeurer «pertinent» dans le punk rock maintenant qu'il est dans la trentaine. Est-ce possible d'avoir également ton avis à ce sujet? D'un côté, tu es un artiste définitivement lié au punk et, de l'autre, t'es également un père de famille, un adulte qui doit jongler avec des carrières musicale, professionnelle, familiale, etc. Comment demeure-t-on punk une fois dans la trentaine? Est-ce possible de le faire, en fait?

Je ne vois pas pourquoi l'âge affecterait tout ça.

Je vois le punk comme un style de musique et une forme d'art avant tout.

Je [peux comprendre] que le fait d'avoir des enfants ou [de vieillir peut] changer tout ça. J'aime encore ça comme avant, [mais] peut-être d'une façon moins exclusive.

J'aime toute sorte de choses, autant musicalement que dans d'autres aspects de la vie.

J'essaie d'être ouvert le plus possible à tout et de rester positif et mon amour du punk reste là dedans, même si j'ai peut-être un regard un peu plus critique du mouvement aujourd'hui, après plus de 20 ans dans le milieu.

Je me considère comme un fan de musique avant tout et punk ensuite.

Sinon, j'aime mieux le mot «papa» que le mot «punk».

Détails et programmation complète sur pouzzafest.com

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