Quand le jupon dépasse

Canoë

Friday, February 17, 2017, 9:31 AM

Je trouve navrant que quelqu'un se cache derrière une neutralité factice pour mieux faire valoir ses idées. C'est un peu le jeu auquel s'est livré cette semaine Gabriel Nadeau-Dubois, en faisant la promotion de son ouvrage (collectif) Ne renonçons à rien. C'est un secret de polichinelle qu'il va se lancer sous peu, sous la bannière de Québec solidaire, à la conquête de la circonscription de Gouin, laissée vacante par le départ de Françoise David. Mais chaque fois, GND répond qu'il poursuit sa réflexion, qu'il veut prendre son temps sans rien bousculer. Rien bousculer? Dans la bouche de GND, c'est un peu un contresens.

Pourquoi a-t-il peur de dévoiler son parti pris pour Québec solidaire? Il ne veut pas nuire aux autres membres du collectif «Faut qu'on se parle», à l'origine des assemblées de cuisines qui ont conduit à la rédaction de cet ouvrage, l'ai-je entendu dire. Pourtant, tout le monde sait fort bien que ce collectif est une émanation de Québec solidaire. Pourquoi vouloir en faire une organisation non partisane? Parce que le message passe mieux dans la société?

Je n'ai pas encore lu l'ouvrage en question, qui vient à peine de sortir en librairie, mais il semble que la question de l'indépendance nationale n'a pas été une préoccupation majeure, ni même mineure lors des 174 assemblées de cuisine et des 10 consultations publiques. La présence de l'ex-chef d'ON, Jean-Martin Aussant, ne semble pas avoir contribué à orienter les débats en ce sens. Cela confirme, à mes yeux, que l'«agenda politique» était bel et bien celui de Québec solidaire.

Dans mon livre à moi, comme on dit, on aura beau se décarcasser pour trouver toutes les solutions idoines aux grandes préoccupations de l'heure que le collectif «Faut qu'on se parle» a réunies en huit grands chantiers, dont les questions de l'éducation, la démocratie, le développement économique vert et le dialogue avec les premières nations, tant que nous ne serons pas libres, maîtres chez nous, tant que nous ne serons pas un pays, avec tous le pouvoirs d'un vrai pays, nous serons toujours une province sous la tutelle du gouvernement canadien, une sous préfecture, voire une bourgade.

Notre Assemblée nationale est une caricature grotesque de ce que devrait être le siège des pouvoirs décisionnels d'un pays souverain. Toutes les lois qui y sont adoptées, toutes, dépendent du bon vouloir du grand patron qui siège au parlement canadien à Ottawa. Qu'il s'agisse de langue, de travail, d'immigration, de culture, de communications, d'économie, de sécurité, de santé, d'éducation, de banque, de transport, d'énergie, verte ou pas verte, d'agriculture, de voies d'eau, d'environnement, des Premières Nations, de commerce et de relations internationales, de justice et de droit, etc., tout, absolument tout doit être conforme aux lois en vigueur au Canada, celles dictées par le gouvernement canadien et ses institutions légales et juridiques. Le reste n'est que de la poudre aux yeux. Arrêtons de nous gargariser une fois pour toutes avec de belles formules creuses.

Bien sûr, si on passe cette situation sous silence, comme c'est de coutume, si on omet de souligner notre extrême dépendance envers Ottawa, si omet de dire que nous ne sommes pas vraiment libres en dépit des apparences, les gens des assemblées de cuisine, sans vouloir les diminuer, vont continuer de rêver en couleur en proposant des solutions, comme si on avait les pleins pouvoirs d'un vrai gouvernement. Et, immanquablement, la question centrale de la souveraineté nationale ne sera pas ou peu abordée, comme ce fut le cas lors de la tournée «Faut qu'on se parle». Les résultats de ces discussions font nécessairement l'affaire de Québec solidaire, dont le véritable programme politique est basé sur «les vraies affaires», celles du Parti libéral du Québec, qui fait fi, lui aussi, de la question nationale.

J'avais déjà lancé l'idée, il y a quelques années, d'une grande caravane à travers le Québec, qui sillonnerait les routes du Québec, de l'Abitibi à la Gaspésie, de la Côte Nord à Gatineau. Elle s'arrêterait dans les villes et villages du Québec, avec la participation des artistes, des élites et populations locales, pour promouvoir le projet indépendantiste. Au menu: spectacles, repas communautaires, discussions, brassages d'idées, levées de fonds, etc. Sans se cacher sous des jupons ou du maquillage grossier. En espérant que les médias nationaux et régionaux contribuent à en faire un grand événement. Je ne sais pas, cependant, si La Presse et Radio-Canada en parleraient autant comme ils le font actuellement avec la tournée de promotion de GND.

Menu