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Bruits de bottes et coup d'État de velours

Canoë

Jeudi, 20 Avril 2017, 12:26

Photo d'archives/AFP

Nicolas Maduro

Pendant que les bruits de bottes se font menaçants en Syrie et en Corée du Nord, il existe ailleurs, ici près de nous, plus au sud, des menaces tout aussi dangereuses mais sans les sirènes d'alarme qui précèdent l'envoi des missiles Tomahawk. (Au fait, ces missiles que les Américains ont lancés sont allés échouer sur la base militaire d'où sont partis les avions syriens avec leurs soi-disant bombes au gaz sarin.)

Après le coup d'État parlementaire qui a destitué la présidente légitime du Brésil, Dilma Roussef, après la défaite aux élections argentines du parti de la présidente progressiste Cristina Kirchner, qu'on accuse corruption comme on l'a fait pour Dilma Roussef et son prédécesseur, Lula da Silva, on s'acharne maintenant sur le Vénézuela, après avoir échoué temporairement en Équateur où Lenin Moreno, le successeur du président de gauche Rafael Correa, a été élu au deuxième tour. Je dis temporairement car actuellement, les perdants se préparent à contester la victoire du candidat de gauche et tentent d'organiser une opposition de rue sur le modèle vénézuélien.

Le Vénézuela a beaucoup souffert de la baisse des prix du pétrole, personne ne peut le nier, et le gouvernement a dû faire preuve de créativité pour maintenir ses programmes sociaux. L'opposition, avec l'appui de l'empire, en profite pour saper tous les efforts du gouvernement de rétablir un certain équilibre. Elle s'acharne depuis des mois à saboter l'économie du pays, en créant de fausses pénuries de biens de consommation, dans le but de créer un mécontentement populaire, une recette qui a fonctionné au Chili sous le gouvernement socialiste de Salvador Allende. Elle fait appel maintenant au «ministère de la Colonisation des États-Unis» comme l'ont surnommée les Cubains, l'Organisation des États américains (OEA), qui ne se gêne plus pour s'immiscer ouvertement dans les affaires internes du pays et pour préparer un coup d'État de velours. Même ici, le commentateur de Radio-Canada, François Brousseau, prend le relais de cette guerre médiatique menée par le États-Unis, le Mexique et l'Espagne contre le gouvernement de Maduro, qu'on présente comme le pire ennemi de la démocratie. Pas étonnant que la plupart des commentateurs abondent dans le même sens, en répétant les faussetés propagées par l'opposition putschiste, sans prendre la peine de chercher à savoir ce qui se passe réellement sur le terrain au Venezuela, qui possède les plus grandes réserves pétrolières de la planète.

L'OEA et Washington tentent de justifier une intervention militaire au Vénézuela «pour des raisons humanitaires», comme ils ont tenté de le faire avec Cuba en 1961 en l'excluant de l'OEA. Ils ont mis sur pied l'opération «Libertad Venezuela» qui a réussi sa première étape: créer une situation de chaos et de déstabilisation politique, moyennant des manifestations de rue, des actions violentes, des assassinats sélectifs, des sabotages contre des installations stratégiques, des pénuries artificielles de nourriture et de médicaments et des tentatives d'infiltrations paramilitaires à la frontière avec la Colombie. D'ailleurs, récemment, le chef du Commando Sud, Kurt Tidd, a déclaré devant le Comité des Forces armées du Sénat américain qu'il y a actuellement au Venezuela «une crise humanitaire croissante qui pourrait éventuellement nous obliger à une réponse régionale».

Toute cette stratégie guerrière est répercutée à travers un puissant réseau de communication, qui veut démontrer que le président Maduro est un dictateur, qui s'est accaparé tous les pouvoirs, qu'il ne contrôle plus la situation et qu'il doit être destitué d'une manière ou d'une autre. C'est ce qu'on répète à satiété dans les médias d'ici et d'ailleurs. En omettant de parler du rôle des États-Unis dans tout ce désordre organisé. Et c'est lamentable.

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