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Kanak et Québec, même combat

Agence QMI

Vendredi, 09 Novembre 2018, 12:00

Il y a quelques mois, je vous parlais, dans ma chronique « Livres » publiée tous les samedis dans Le Journal de Montréal, d'un livre intitulé Kanak, de Joseph Andras. L'auteur nous révélait l'histoire presque méconnue d'une longue lutte pour l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, une colonie française qui perdure malgré les mouvements d'émancipation qui ont vu le jour un peu partout. Car dans ce cas-ci, la France est toujours la puissance coloniale aux yeux des nationalistes kanaks. Déjà, au dix-neuvième siècle, le haut commandant militaire français basé dans l'île considérait le peuple kanak comme « un monstre de perversité ». Et il recommandait de « détruire cette population si l'on veut vivre en sécurité dans le pays ». Une recommandation qui rappelle énormément le fond de la pensée de Lord Durham à propos des Canadiens français.

La Nouvelle-Calédonie a connu sa vague d'agitation armée, dans les années 1970, avec le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), tout comme le Québec avec le Front de libération du Québec (FLQ). Puis la lutte d'indépendance a pris de nouvelles formes, ave la participation du mouvement indépendantiste aux élections.

Il y a quelques jours, s'est tenu un référendum sur l'autodétermination de l'archipel. Le camp du OUI a récolté 43% des votes, tandis que le NON a obtenu 57%. On raconte que la participation des jeunes, blancs, noirs, métis, a été très remarquée. Le seul fait de tenir ce référendum est une victoire en soi pour les indépendantistes. Ils ont pu mesurer leurs forces pour la première fois et 43%, c'est beaucoup. Plus qu'ils ne l'espéraient en tous les cas.

Se séparer de la France aujourd'hui, c'est tout un défi, c'est aussi exigeant que se séparer du Canada pour le Québec, ou que se séparer des États-Unis pour Porto Rico. C'est une aventure dont on ne connaît pas tout à fait l'issue, c'est plonger dans l'inconnu, c'est abandonner le confort douillet et entreprendre de construire une société différente sur de nouvelles bases, de nouvelles valeurs, avec tous les risques que cela suppose. Et les risques, les forces contre le changement ne cessent jamais de les souligner à gros traits et de les amplifier.

Ce référendum en pays kanak a redonné espoir, malgré la défaite. La génération qui a porté le flambeau indépendantiste depuis cinquante ans est désormais confiante qu'il y a une relève. « Elle est plurielle, elle vit dans les tribus ou dans la ville, a réussi socialement ou vit dans la précarité dans un squat. Elle est traversée d'expériences et de courants de pensée divers, mais hier [lors du référendum], elle a été unie dans son expression. » Ces mots, comme j'aimerais les entendre chez nous. Au lendemain de l'échec du référendum historique, dans les rues de Nouméa, la capitale, on a fêté sereinement une « défaite victorieuse ».

Ça me rappelle le lendemain du premier référendum, en 1980. Nous étions « quelque chose comme un grand peuple », avait conclu le premier ministre René Lévesque. Il y aura d'autres référendums en Nouvelle-Calédonie, comme il y en aura d'autres au Québec. Jusqu'à la victoire finale.

Parlant de la génération qui depuis plus de cinquante ans a porté le combat indépendantiste sur tous les fronts, il y en a un qui vient malheureusement de nous quitter. Bernard Landry fait partie de cette génération de militants fougueux et intègre qui a retroussé ses manches, au lendemain de la Révolution tranquille, pour faire advenir ce pays. Je lui rends hommage aujourd'hui et le remercie pour sa contribution. Nous nous retrouverons tous un jour dans ce pays qui finira par naître.Kanak et Québec, même combat.

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