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Heurts au Venezuela, des milliers d'opposants à nouveau dans la rue

AFP

Jeudi, 20 Avril 2017, 15:48

Photo AFP

Des heurts entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté jeudi lors d'un défilé hostile au président socialiste Nicolas Maduro, dans un climat tendu alors que se succèdent depuis trois semaines les mobilisations marquées par des violences ayant fait huit morts.

Ces incidents avaient lieu dans l'est de Caracas, où des milliers de personnes tentaient de rejoindre le centre-ville par une autoroute, certains, masqués, lançant des pierres aux policiers qui les repoussaient avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc.

Dans la capitale quadrillée par les forces de l'ordre, des forces antiémeute avaient déjà utilisé à la mi-journée des grenades lacrymogènes pour disperser de petits rassemblements d'opposants, ont constaté des journalistes de l'AFP.

«Nous étions moins de 100 personnes en train de nous rassembler, ils nous ont lancé des gaz lacrymogènes pour disperser la manifestation alors qu'on ne bloquait même pas la circulation», a raconté un leader étudiant de l'opposition, Hasler Iglesias.

«Cela ne va pas nous arrêter. Nous allons nous regrouper et continuer», a-t-il prévenu, alors que des groupes d'opposants toujours plus nombreux se réunissaient en divers endroits de Caracas.

Démarrée le 1er avril, la vague de manifestations vise à exiger des élections anticipées pour faire partir le très impopulaire président Maduro, dans ce pays pétrolier en grave crise politique et économique et où l'opposition est majoritaire au Parlement depuis fin 2015.

Les violences autour de ces défilés ont déjà fait huit morts en trois semaines, dont trois jeudi, et plus de 500 personnes ont été arrêtées, selon l'ONG Foro Penal.

Du courage

«Je suis fatigué, oui, mais il nous faut avoir du courage. Moi je suis disposé à sortir (manifester) dans la rue tous les jours si c'est nécessaire», a confié à l'AFP Aquiles Aldarozo, étudiant de 22 ans qui portait jeudi une pancarte marquée «Celui qui ne bouge pas n'entend pas le bruit de ses chaînes».

Par précaution, des universités et des entreprises ont fermé leurs portes jeudi, alors que, la veille, trois personnes ont péri au cours des vastes rassemblements de l'opposition.

Un adolescent de 17 ans et une femme de 23 ans ont été tués, respectivement à Caracas et San Cristobal par les tirs d'inconnus encagoulés circulant à moto, selon le parquet.

D'après des témoins, les auteurs des tirs font partie dans les deux cas des «colectivos», des groupes de civils armés par le gouvernement, assure l'opposition.

Un militaire a été tué par des manifestants dans la périphérie de Caracas, selon le pouvoir. Un acte qualifié de «terroriste» et «fasciste» jeudi par le ministre de l'Intérieur Nestor Reverol, qui a annoncé l'arrestation d'un suspect.

Toute la journée de mercredi, policiers et militaires avaient repoussé, aux entrées de la capitale, les manifestants avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc. Ces derniers ont répliqué à l'aide de pierres et de cocktails Molotov.

«Personne ne se rend, notre devoir est de défendre la Constitution», a déclaré Henrique Capriles, un des chefs de l'opposition et ancien candidat à la présidentielle de 2013, qui a demandé la «coopération» des entreprises et des universités pour que «le peuple puisse se mobiliser librement dans tout le Venezuela».

Inquiétude de l'ONU

La pression internationale continue: jeudi, l'Union européenne a condamné les violences «très regrettables» ayant émaillé les manifestations et appelé à une «désescalade» pour «stopper la détérioration de la situation».

Amnesty international s'est alarmée de la «répression» pendant ces rassemblements.

Le secrétaire-général de l'ONU, Antonio Guterres, a demandé «que tous les efforts soient faits pour réduire les tensions et empêcher de nouveaux affrontements», plaidant pour la reprise du dialogue entre gouvernement et opposition.

Signe de la crispation des autorités, deux chaînes de télévision étrangères, El Tiempo (Colombie) et Todo Noticias (Argentine), ont dit avoir été coupées au Venezuela au moment des manifestations mercredi.

Par ailleurs, en France, le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a demandé jeudi au Venezuela de relâcher deux journalistes français en reportage pour l'agence Capa, emprisonnés depuis le 11 avril.

«La stratégie du gouvernement semble consister à se maintenir au pouvoir coûte que coûte et à éviter la tenue d'élections, car la crise l'a rendu assez impopulaire. Ainsi, plus les protestations seront fortes, plus la répression sera importante», estime Diego Moya-Ocampos, un analyste du cabinet britannique IHS.

M. Maduro a activé mardi un plan de défense renforçant la présence policière et militaire pour «démanteler le coup d'État terroriste» fomenté selon lui par les États-Unis, des accusations fermement rejetées par Washington.

Et le chef de l'État, dont le mandat court jusqu'à fin 2019, a assuré souhaiter des élections «bientôt», pour «gagner définitivement» la bataille, alors même que sept Vénézuéliens sur 10 souhaitent son départ, selon un sondage Venebarometro.

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