Trump injurieux sur l'Afrique et Haïti: Trump soutient qu'il n'a pas parlé de «pays de merde»

AFP

Vendredi, 12 Janvier 2018, 06:46

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Washington | Le président américain Donald Trump a laissé entendre vendredi qu'il n'avait pas utilisé l'expression «pays de merde» lors d'une réunion avec des élus, la veille, sur l'immigration.

«Le langage que j'ai utilisé lors de la réunion était dur, mais ce ne sont pas les mots utilisés», a-t-il tweeté.

S'appuyant sur des personnes présentes lors de la réunion à la Maison-Blanche, plusieurs médias américains ont cité le président dénonçant l'immigration en provenance de «pays de merde» tels que Haïti ou des pays africains.

Sollicitée jeudi soir sur ces propos, la Maison-Blanche n'avait pas contesté ou démenti, soulignant simplement, dans un bref communiqué, que M. Trump se battrait «toujours pour les Américains».

Ces propos ont suscité une vague d'indignation aux États-Unis et à travers le monde.

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a jugé que, s'ils étaient confirmés, ces propos étaient «choquants et honteux» de la part du président des États-Unis.

Dans une longue série de tweets, M. Trump a par ailleurs une nouvelle fois défendu vendredi sa fermeté sur l'immigration.

«Je veux un système d'immigration fondé sur le mérite et des gens qui aideront notre pays à aller de l'avant», a-t-il écrit.

«Je veux la sécurité pour notre peuple», a-t-il martelé.

L'ONU s'insurge

Selon le Washington Post, le président se serait emporté jeudi lors sur l'immigration qualifiant. «Si c'est confirmé, il s'agit de commentaires choquants et honteux de la part du président des États-Unis. Désolé, mais il n'y a pas d'autre mot que "racistes"», a déclaré vendredi le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville, lors d'un point de presse à Genève.

Ces propos montrent le «pire côté de l'humanité, en validant et encourageant le racisme et la xénophobie», a-t-il asséné.

Le milliardaire républicain recevait dans le Bureau ovale plusieurs sénateurs pour évoquer un projet proposant de limiter le regroupement familial et de restreindre l'accès à la loterie pour la carte verte, un permis de séjour de longue durée.

En échange, l'accord permettrait d'éviter l'expulsion de milliers de jeunes, souvent arrivés enfants aux États-Unis.

«Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici ?», a demandé le président Trump lors des discussions, selon le Washington Post, qui cite plusieurs sources anonymes.

Selon elles, M. Trump faisait référence à des pays d'Afrique ainsi qu'à Haïti et au Salvador, expliquant que les États-Unis devraient plutôt accueillir des ressortissants de la Norvège.

«Pourquoi avons-nous besoin de plus d'Haïtiens ? », aurait encore demandé le président, selon le quotidien.

De son côté, le New York Times, qui fait état également des mêmes propos du président, citant des participants non identifiés à la réunion, avait rapporté en juin que Donald Trump avait assuré lors d'une autre réunion sur l'immigration que les Haïtiens « ont tous le sida ». La Maison-Blanche avait démenti.

Toujours de même source, les sénateurs présents ont été déconcertés par ces propos.

«Ce n'est pas seulement une question de vulgarité du langage», a relevé à Genève le porte-parole de l'ONU, jugeant intolérable de dénigrer des nations et des continents entiers en les appelant «pays de merde» et de considérer que leur «population entière, qui n'est pas blanche, n'est pas la bienvenue».

Il a ainsi déploré le fait que M. Trump ait suggéré que les États-Unis puissent accueillir des migrants venus de pays comme la Norvège, dont la population est majoritairement blanche, plutôt que de pays africains ou d'Haïti.

«Comme lors de précédents commentaires vilipendant les Mexicains et les Musulmans, (ses) propositions politiques ciblant des groupes entiers en raison de leur nationalité ou religion, et (sa) réticence à condamner clairement les actions antisémites et racistes des suprématistes blancs à Charlottesville... tout cela va à l'encontre des valeurs universelles», a-t-il affirmé.

Président «raciste»

Membre du Congrès américain, le démocrate Luis Gutierrez a réagi en déclarant: «Nous pouvons dire maintenant avec 100% de certitude que le président est un raciste qui ne partage pas les valeurs inscrites dans notre Constitution».

Sa collègue républicaine Mia Love, d'ascendance haïtienne, a jugé dans un communiqué ces propos «désobligeants» «clivants» et «inacceptables de la part du chef de notre nation».

La Maison-Blanche n'a pas nié que le président américain a tenu ces propos.

«Certaines personnalités politiques à Washington choisissent de se battre pour des pays étrangers, mais le président Trump se battra toujours pour le peuple américain», a souligné un porte-parole de l'exécutif, Raj Shah, dans un communiqué.

«Comme d'autres nations ayant une immigration fondée sur le mérite, le président Trump se bat pour des solutions durables qui renforcent notre pays en accueillant ceux qui contribuent à notre société, font croître notre économie et s'assimilent à notre grande nation», a-t-il poursuivi.

Les parlementaires étaient présents pour évoquer les discussions entre les responsables des deux partis pour encadrer le sort des «Dreamers», les jeunes bénéficiaires du programme appelé Daca (Deferred Action for Childhood Arrival), hérité de l'administration Barack Obama.

En septembre, M. Trump a abrogé le programme qui a permis à 690.000 jeunes, entrés illégalement aux États-Unis alors qu'ils étaient enfants, de travailler et d'étudier en toute légalité en les protégeant de l'expulsion. Il a donné jusqu'au 5 mars au Congrès pour trouver un compromis.

«Toute personne forcée à fuir son foyer à cause d'un conflit ou de la persécution (...) devrait recevoir une protection (...) indépendamment de sa race, religion, ethnie ou lieu d'origine », a fait valoir vendredi à Genève un porte-parole de l'agence de l'ONU pour les migrations, William Spindler.

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