Mouvement des «gilets jaunes»: violents affrontements sur les Champs-Élysées, plus de 200 arrestations

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Samedi, 01 Décembre 2018, 08:49

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Paris | Des heurts violents entre les forces de l'ordre et des centaines de «casseurs» ont éclaté samedi sur les Champs-Élysées à Paris, en marge d'une nouvelle manifestation des «gilets jaunes», ces Français modestes entrés en rébellion contre la politique fiscale et sociale du gouvernement.

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Voitures incendiées, barrières arrachées, pavés lancés: des scènes d'une «violence rarement atteinte» se sont produites dans la capitale, a dénoncé le premier ministre Édouard Philippe qui s'est dit «choqué».

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a dénoncé dans un tweet la présence de «1500 perturbateurs (...) venus pour en découdre» face aux policiers, mobilisés en nombre.

À la mi-journée, plus de 200 personnes avaient été arrêtées soit davantage que pendant l'ensemble du précédent rassemblement parisien du 24 novembre, déjà houleux, où 103 personnes avaient été arrêtées.

Au sommet de l'une des avenues les plus touristiques au monde, l'Arc de triomphe était noyé dans un nuage de brume alors que des policiers tentaient d'évacuer la zone à l'aide de gaz lacrymogènes et de canons à eau.

Dans un climat très tendu, des manifestants encagoulés et masqués se sont regroupés dès le début de la matinée sous l'Arc de triomphe et ont entonné une Marseillaise près de la flamme du soldat inconnu. Un tag «les gilets jaunes triompheront» a été peint sur le monument napoléonien, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les forces de l'ordre ont ensuite repoussé les manifestants dans les avenues adjacentes, où d'importantes dégradations ont été constatées.

«Pas représentatif»

Sur l'avenue des Champs-Élysées, sécurisée par un quadrillage policier très serré, les manifestants rassemblés dans le calme craignaient que leur message soit éclipsé par les heurts.

«Nous sommes un mouvement pacifique, c'est juste que nous sommes désorganisés», déplorait Dan Lodi, retraité de 68 ans. «Il y a toujours des abrutis venus pour se battre, mais ce n'est pas du tout représentatif.»

«Il faut qu'il (Macron) descende de son piédestal, qu'il comprenne que le problème c'est pas la taxe, c'est le pouvoir d'achat. Tous les mois je dois piocher dans mon livret d'épargne», dénonçait Chantal, retraitée de 61 ans.

L'accès des piétons était soumis à des contrôles d'identité et fouilles des sacs et de nombreux magasins avaient fermé leurs portes.

Galvanisés par le soutien de plus des deux tiers des Français, selon des sondages, et le succès d'une pétition «pour une baisse des prix du carburant à la pompe», qui a dépassé le million de signatures, le mouvement poursuit son chemin, quinze jours après son lancement.

Samedi, quelque 36 000 personnes manifestaient dans toute la France, dont 5 500 à Paris, selon les autorités. La première journée nationale, le 17 novembre, avait réuni 282 000 personnes, et la deuxième 106 000, dont 8000 à Paris.

Outre la capitale, des rassemblements de ces citoyens pour qui les fins de mois sont souvent difficiles se tenaient dans plusieurs autres régions du pays.

À Nantes (ouest), une cinquantaine de « gilets jaunes » ont fait irruption à deux reprises samedi matin sur le tarmac de l'aéroport tandis que de brèves échauffourées ont éclaté à Strasbourg (est). Des manifestants occupaient par ailleurs le péage du Perthus, à la frontière entre la France et l'Espagne.

Rejet

Désarçonné par ce mouvement né des réseaux sociaux, hors de tout cadre politique ou syndical, qui demande de la « considération » à des élites jugées déconnectées, le pouvoir peine à apporter une réponse.

Vendredi, une réunion de concertation avec le premier ministre Édouard Philippe a tourné au fiasco: seuls deux « gilets jaunes » y ont participé et l'un d'eux a rapidement quitté les lieux faute d'avoir obtenu que la rencontre soit diffusée en direct.

Quant aux annonces faites cette semaine par Emmanuel Macron - un dispositif pour limiter l'impact des taxes sur le carburant ainsi qu'une « grande concertation » - elles ont plus irrité que convaincu. Et des « Macron, démission » fusent de plus en plus souvent dans les manifestations.

Au sein de la majorité présidentielle, l'inquiétude monte devant le rejet exprimé, au point que l'idée d'un moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant commence à faire débat.

L'opposition, de droite comme de gauche, est en embuscade, tout en se défendant de toute volonté de récupération.

«Le pays tout entier est en mouvement», s'est félicité le dirigeant de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon qui manifestait dans sa circonscription de Marseille (sud), avant d'appeler Emmanuel Macron à «céder» devant cette «révolution populaire et citoyenne».

Pour le porte-parole des Républicains (droite) Gilles Platret, «il est impératif» que l'exécutif «fasse un geste significatif en direction des justes réclamations des "gilets jaunes"».

Ce mouvement de colère commence à déborder les frontières de l'Hexagone : deux véhicules de police ont été incendiés vendredi soir à Bruxelles, à la fin d'une manifestation d'environ 300 «gilets jaunes», la première du genre organisée dans la capitale belge.

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