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Malaise au fédéral après des accusations

Agence QMI

Mardi, 13 Février 2018, 13:13

Photo AFP

Justin Trudeau

OTTAWA - Critiqués pour avoir laissé entendre que le verdict dans l'affaire Colten Boushie n'était pas le bon, le cabinet Trudeau et le Nouveau Parti démocratique (NPD) semblaient marcher sur des oeufs mardi matin.

«Je comprends à quel point [la famille] peut être frustrée, attristée et fâchée. Notre système de justice en général n'a pas toujours été très favorable ou reconnaissant de la réalité des communautés autochtones», a commenté le premier ministre Justin Trudeau à son arrivée à la rencontre du cabinet.

Dans une réponse fourre-tout où il a évoqué le problème de la surreprésentation des autochtones dans le système carcéral, M. Trudeau a été beaucoup moins direct que samedi dernier, au lendemain du verdict controversé, alors qu'il avait déclaré sans détour que le Canada devait faire mieux.

Le Saskatchewanais Gerald Stanley a été acquitté, vendredi soir, du meurtre de Colten Boushie, un jeune autochtone de 22 ans, survenu en novembre 2016. La décision du jury a soulevé un tollé sur les médias sociaux et dans les communautés autochtones.

Dans la foulée, la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, et les deux ministres chargées des affaires autochtones, Carolyn Bennett et Jane Philpott, ont partagé leur déception.

Dangereuse compassion

Tant le bureau du premier ministre que les ministres en cause ont expliqué avoir voulu exprimer leur compassion envers la famille de la victime.

Plusieurs experts en droit ont toutefois critiqué les interventions politiques dans ce dossier, arguant qu'elles minaient l'indépendance judiciaire au pays. De plus, puisque le verdict peut toujours être porté en appel, les commentaires pourraient nuire aux procédures à venir en présentant aux yeux du public l'homme acquitté comme un coupable.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, n'a pas voulu dire mardi matin s'il croyait que Gerald Stanley aurait dû être reconnu coupable. Le soir du verdict, il avait pourtant écrit sur Twitter, qu'il n'y avait pas eu de justice pour Colten Boushie, à l'instar de ses collègues néodémocrates Romeo Saganash et Charlie Angus.

«Ce n'était pas une critique sur le cas précis, mais sur le manque de justice en général pour les jeunes autochtones», s'est-il expliqué en conférence de presse. Son parti, tout comme la famille de Colten Boushie, réclame une révision du processus de sélection des jurés.

Un couvercle sur la marmite

La famille de la victime est à Ottawa cette semaine. Au lendemain d'une rencontre avec les ministres Bennett et Philpott, les proches de Colten Boushie se sont entretenus avec les ministres de la Justice et le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale en matinée mardi.

La rencontre semble s'être tenue dans le plus grand secret. La famille devait participer à un point de presse avant sa rencontre avec les ministres à 11 h. Or, on a appris que la rencontre en question a finalement eu lieu avant la réunion du cabinet, qui débute à 9 h 30. Le point de presse a ensuite été annulé.

Les ministres Wilson-Raybould et Goodale sont d'ailleurs passés en coup de vent à leur arrivée au Parlement, sans prendre de questions alors que la rencontre avait déjà eu lieu.

De son côté, le bureau du premier ministre refuse de donner quelque détail que ce soit au sujet de la rencontre attendue mardi entre Justin Trudeau et la famille de Colten Boushie, sous prétexte qu'il s'agit d'un entretien privé.

Après avoir refusé de se prononcer la veille, le Parti conservateur a jugé mardi que la situation actuelle était malsaine et qu'elle suggérait une forme d'ingérence.

«La séparation entre la justice et le politique est dans l'intérêt de tous. On ne veut surtout pas mélanger les deux. Les sorties publiques laissent planer un doute et ce n'est rien de bon pour notre système de justice», a souligné le lieutenant québécois de la formation, Alain Rayes, en entrevue sur les ondes de LCN mardi.

Le bâtonnier du Québec a réagi à la controverse sur Twitter. «L'exécutif doit faire preuve d'extrême prudence quant à des commentaires sur les affaires judiciaires. Ici, ingérence délibérée? Probablement pas. Imprudence? Probablement», a fait savoir Paul-Matthieu Grondin.

«Quant aux enjeux qui touchent les autochtones et notre système de justice, il y a des problèmes bien documentés auxquels nous devons nous attaquer. Sans surprise, le Barreau est d'avis qu'un jury devrait être représentatif de la diversité d'une société», a-t-il ajouté.

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