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Des problèmes logistiques à la SQDC, reprochent les producteurs

Pierre-Olivier Zappa

Mercredi, 31 Octobre 2018, 16:00

Sébastien St-Jean / Agence QMI

Deux semaines après l'ouverture de ses premières boutiques, la Société québécoise du cannabis (SQDC) fait toujours face à une importante pénurie de cannabis. La société d'État blâme les producteurs, mais eux répliquent en dénonçant l'absence d'un réseau de distribution.

Actuellement, il est très difficile pour les producteurs d'approvisionner les succursales de la SQDC sans un système centralisé. Chaque semaine, six fournisseurs officiels de la société d'État doivent transporter leurs produits dans chacune des 12 succursales aux quatre coins de la province. De plus, ils doivent approvisionner ces magasins une fois par semaine, car ils ne peuvent pas entreposer d'importantes quantités de cannabis dans d'aussi petits espaces.

«Ce sont des frais importants pour nous, cela allonge les délais, c'est intenable à long terme», a souligné l'employé d'un fournisseur officiel, qui souhaite demeurer anonyme pour préserver ses liens d'affaires avec la SQDC.

«C'est une mauvaise planification. La pierre angulaire d'un tel commerce, c'est d'avoir un réseau de distribution permettant d'acheminer la marchandise dans les boutiques», a signalé Philippe R. Bertrand, un spécialiste du commerce numérique

Le modèle de la SAQ

Pourtant, la Société des alcools du Québec (SAQ) est elle-même munie d'un réseau de distribution efficace. Si la SQDC calquait le modèle de sa grande soeur - muni d'un système de distribution centralisé -, on passerait de 72 trajets par camion à seulement 18 par semaine.

«Le système idéal aurait été comme celui de la SAQ. Deux entrepôts, à partir desquels on distribue aux succursales. L'expertise est là», a expliqué Jean-Guy Sylvestre, économiste au Syndicat canadien de la fonction publique. Son syndicat aspire à représenter des travailleurs de la SQDC.

«Il n'y aurait pas de tels problèmes si on était dans le secteur privé. Le gouvernement s'improvise expert. Il faut revoir de toute urgence le modèle», a plaidé Germain Belzile, chercheur associé à l'Institut économique de Montréal.

Avec un réseau de distribution, à l'instar des importateurs de vin, les producteurs pourraient transporter leur cannabis vers un centre de distribution de la SQDC qui prendrait ensuite en charge la répartition vers les différentes succursales. Selon plusieurs producteurs interrogés par TVA Nouvelles, cette façon de faire serait plus efficace et répondrait aux besoins actuels du marché qui sont, comme on l'a vu depuis l'ouverture, très importants.

«Pourtant, il y a une expertise à la SAQ. C'est ce qui est incompréhensible. On a l'impression que ç'a été fait trop vite», a ajouté Philippe R. Bertrand.

Selon des informations obtenues par TVA Nouvelles, la SQDC n'a pas l'intention pour l'instant de déployer un tel réseau. Aucun porte-parole n'était disponible mercredi pour accorder une entrevue.

Rappelons que la semaine dernière, la SQDC annonçait qu'elle réduisait substantiellement les heures d'ouverture de ses 12 succursales de la province en raison de la pénurie de cannabis sur ses tablettes. La SQDC ne prévoit pas ouvrir 7 jours sur 7 tant qu'elle n'aura pas un approvisionnement stable.

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